
L’ICES-Institut Catholique de Vendée, établissement universitaire membre de la Conférence des grandes écoles, s’associe à l’Observatoire pour que ses étudiants d’Histoire et Science politique puissent travailler sur les sujets étudiés. Le doyen de la faculté de Science politique et d’Histoire (Frédéric Blachon) et les directeurs de départements (Jean-Pierre Deschodt et Romain Trichereau) ont lancé une ligne d’enseignement spécialisé et de recherche fondamentale, à partir de la rentrée 2024-2025.
Les étudiants de master seront ainsi encouragés à choisir un sujet de mémoire touchant à l’Itinéraire et la variation du sens des mots en histoire.
A la suite de premiers travaux menés par le professeur Jean-Pierre Deschodt, nous constatons en effet qu’une approche historico-linguistique du vocabulaire politique et social constitue une des clefs de l’histoire des idées. Sans signifiant, pas de signifié.
Mais les glissements inaperçus de sens peuvent contrarier, d’une part, la bonne compréhension des textes et, d’autre part, les échanges et le dialogue incluant l’appel aux mots concernés.
C’est pourquoi apparaît essentielle l’étude de leur itinéraire, de leur naissance à leur acception contemporaine.
De telles études doivent cependant être guidées par une méthodologie de l’approche historico-linguistique.
Elle est définie en quatre étapes :
1. Apparition du mot zéro, à savoir la création morphologique.
2. Innovation sémantique : association du mot à un nouveau sens.
3. Maturité Lexicale : entrée du mot dans le dictionnaire
4. Lexicologie comparée : comparaison des définitions attestées dans les dictionnaires postérieurs à sa première introduction en vue de mieux saisir les variations définitionnelles.
Par ailleurs, dans le cadre de l’exploitation des données recueillies par l’Observatoire, un groupe d’étudiant (de la L3 au master) sera formé pour participer à la rédaction de notes de synthèses, touchant toujours à l’itinéraire des mots et à leur utilisation dans le débat et la vie publics.
« Les mots peuvent changer le cours de l’histoire », aimait à dire Fustel de Coulanges — ce que Lucien Febvre reprit à son compte dans un article des Annales, paru en 1930.
Pour l’historien, savoir quand un mot est apparu, ce qu’il a signifié d’abord, puis au fil du temps, la façon dont il est compris et utilisé par « le prolétaire, le capitaliste, l’ingénieur, etc. » (Febvre), revêt une grande importance. Du sens premier au sens dérivé — y compris lorsqu’un mot passe d’un usage neutre à une acception péjorative —, l’histoire des mots constitue à la fois une clé de compréhension et un outil de lutte contre l’anachronisme.
Rechercher cette histoire des mots n’est pas une nouveauté pour les historiens — l’exemple de Fustel et de Febvre en témoigne. Elle n’avait cependant pas encore connu de tentative d’uniformisation méthodologique, comme l’appelait de ses vœux Guillaume de Bertier de Sauvigny dans les années 1970.
C’est ce que le professeur Jean-Pierre Deschodt, qui enseigne et dirige des recherches à l’ICES – Institut catholique de Vendée, s’efforce de faire depuis plusieurs années. Il s’y est déjà essayé dans son ouvrage La face cachée du socialisme français (Cerf, 2019), à travers l’analyse du mot « socialisme ». Six ans plus tard, il formalise ses propositions méthodologiques dans une longue et précise introduction à l’ouvrage L’Empire du mot “nationalisme”. Contribution à l’histoire politique des idées, paru aux Presses universitaires Rhin & Danube (2025).
Fort des nouveaux outils de recherche désormais à notre disposition, Jean-Pierre Deschodt propose une démarche structurée autour de quatre étapes :
Comprendre l’origine d’un terme, suivre son évolution, enquêter sur ses usages à différentes périodes, lutter contre les a priori : tels sont quelques-uns des objectifs de l’histoire des mots.

Publication : Autour de l’histoire du mot « nationalisme »
Sous la direction de Jean-Pierre Deschodt, vient de paraître aux Presses universitaires Rhin & Danube le collectif L’Empire du mot “nationalisme”. Contribution à l’histoire politique des idées.
L’étude du vocabulaire politique et social constitue l’une des clefs de l’histoire des idées, car la sémantique n’est jamais le fruit du hasard. À un moment où la question nationale représente un enjeu majeur pour la compréhension des sociétés, un groupe de chercheurs — tous issus du Centre de recherche de l’ICES (CRICES) — s’est réuni à Poznań, en Pologne, dans le cadre du XXIIIe congrès (août 2022) organisé par le Comité international des sciences historiques (CISH). Regroupés au sein d’un séminaire spécialisé, ils ont analysé dans toute sa profondeur le terme nationalisme, au-delà de l’impopularité dont il fait aujourd’hui l’objet. Il s’agissait en effet d’en retrouver les racines oubliées, en reconstituant son itinéraire dans chacun des pays étudiés : France, Grande-Bretagne, États-Unis, Autriche, Allemagne, Russie, Israël, pays du Moyen-Orient, Espagne, Pays basque.
Cet ouvrage constitue un jalon important dans l’histoire politique des idées. Son originalité scientifique et sa pertinence méthodologique s’appuient sur les contributions de Bernard Callebat, Pascal Cauchy, Jean-Pierre Deschodt, Emmanuel Dreyfus, David Engels, Matthieu Grandpierron, Olivier Hanne, Jean-Marc Joubert, John Laughland, Hélène de Lauzun, Christophe Réveillard, Elisenda Ségalàs-Clerin et David Teurtrie.